Laëtitia, triste héroïne

Laëtitia ou la fin des hommes, de Ivan Jablonka (Documentaire adulte)

Hiver 2011 : le meurtre de Laëtitia Perrais, 18 ans, fait la une des journaux pendant de nombreuses semaines. De sa disparition à son inhumation, de marches blanches en révélations sordides, l’affaire a agité la sphère politique et médiatique, dépassant l’état de simple fait divers.

Un crime hors-norme, une violence et une misère sociale omniprésentes, une famille d’accueil ambigue, sans oublier un Président de la République (Nicolas Sarkozy) qui envenime la situation en dénigrant le travail de la justice, provoquant ainsi la colère des magistrats.

Des éléments dignes d’un scénario de polar mais qui sont hélas la triste réalité de la courte vie de Laëtitia.

Pour redonner toute sa place à la jeune fille et lui rendre justice, l’historien et sociologue Ivan Jablonka est parti à la rencontre des protagonistes du drame dans un livre-enquête bouleversant qui se lit comme un roman.

collage_laetitia

Le texte est toujours sensible et intelligent. Très loin des pages obscènes de la presse à scandale, il rend toute sa dignité à la jeune fille, dénonce les inégalités sociales, les inégalités de genres, la fragilité des femmes dans une société machiste.

Il rend aussi hommage aux fonctionnaires de la police, de la médecine légale, de la justice, et de l’aide sociale à l’enfance, fracassés par l’affaire mais très engagés, admirables de ténacité.

Le livre a été sur toutes les listes des grands prix littéraires de l’automne.
Il vient de recevoir le prix Médicis et le prix littéraire du Monde.

Des récompenses amplement méritées.

 

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Un commentaire pour Laëtitia, triste héroïne

  1. Gargouille et quart dit :

    Je craignais que cette lecture fut difficile, dure, éprouvante, en réalité non, pas tant que cela.
    Ce livre, précis, incisif, terriblement humain nous décrit la vie d’une jeune fille d’aujourd’hui, au parcours défavorisé, fragile. Le fait divers sordide laisse la place à une « micro histoire » au sens « Pinagotien » (*1) des choses. La vie pleine de sens et d’importance de Laëtitia permet de mieux comprendre l’époque. Découverte, pour certains, de cette France « périphérique » et du mépris social qu’elle suscite.
    On se surprend au fil des pages, inévitablement mal à l’aise, gêné, à se passionner par cette horrible histoire.

    Outre les discussions que nous avons pues avoir à la bibliothèque de Briançon, nous eûmes également l’incroyable chance, dans notre petit bout du monde alpin, de pourvoir écouter l’auteur Ivan Jablonka, de vive voix, à Vallouise, le 16 févier dernier.

    L’auteur, historien et universitaire, est incroyablement clair, scientifique, rigoureux dans sa démarche, ses propos, son intonation. Une voix posée, calme. Doux également. Sa détermination militante impressionne. Une de ses phrases résonne : «J’ai voulu raconter la vie de Laëtitia plus que sa mort ». Cela expliquant probablement le plaisir à lire ce livre. Plusieurs fois, durant son intervention, il porte un regard paternel : cette jeune fille est aussi la notre.
    Yvan Jablonka (normalien, agrégé d’histoire) nous explique ses études (son mémoire de thèse) sur les enfants abandonnés au 19 eme siècle.
    Jablonka se revendique féministe. Nous vous recommandons le chapitre 42 de son livre (à moins que ce soir le 52?) plaidoyer anti machiste très juste et éloquente. Une belle description de tous ces comportements « testostéronés », volontaires ou pas, de nos quotidiens à tous : couple, pouvoir, boulot, culture ambiante etc…

    Des questions furent posées à l’auteur notamment concernant l’impact du livre sur l’entourage de Laëtitia, de ses relations avec les différents acteurs involontaires du drame etc…
    D’autres questions ne purent être formulées : Jablonka idéalise t il trop, en contre pied du populisme présidentiel, la justice et ses acteurs. Lire, par exemple, les chroniques judiciaires hebdomadaires de Dominique Simonnot.
    Quid de la part de responsabilité individuelle de l’assassin, d’une certaine liberté que nous avons d’échapper à notre vécu, fut il lourd ? Jablonka semble prendre le taureau par les cornes en répondant assez clairement à cela : le meurtrier, victime, aussi, autant.
    Les questions ont sûrement plus d’intérêt que les réponses ?

    Sérendipité aidant, la lecture de cet article de blog nous emmena lire « Histoire des grands-parents que je n’ai pas eus » toujours d’Ivan Jablonka. Voyage en Pologne puis en France, sur les traces de ses ancêtres, communistes et juifs, victimes de la barbarie antisémite. Descriptions et récits toujours aussi intelligents. Un livre moins « simple » à lire que « Laetitia » et d’actualité eu égard aux scores électoraux des extrêmes droites européennes.
    Puis à l’actuelle lecture d’un fantastique livre, chaudement recommandé par Ivan Jablonka, incroyablement et bien sûr, disponible à la Bibliothèque Aristide Albert : « Le monde retrouvé de Louis François Pinagot »(*1). Écrit par l’historien Alain Corbin. Historien de la « micro-histoire » et du sensible (ouïe, odorat, luminosité etc…), il décrit et détaille la vie d’un parfait inconnu choisi complètement au hasard, sabotier de métier, durant le 19 eme siècle et donne du sens à ce récit. Une démarche, parallèle et antérieure, ressemblant à celle de Jablonka dans « Laetitia ».
    Un dernier ouvrage recommandé par Jablonka, peut être un jour dispo dans les rayons, et de la même veine que les ouvrages cités ci dessus : « Une histoire mondiale de la France » coordonnée par Patrick Boucheron…Un pays enrichi d’apports multiples au fil des siècles…

    « Laetitia » un livre salutaire !

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